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ROMANS

Milly Vodović & 10 questions à Nastasia Rugani

J’ai récemment eu l’heureuse opportunité de découvrir la collection Polynies, une collection roman, née de la rencontre des éditions MéMo et de Chloé Mary “autour du désir de donner à lire des aventures en imaginaires, autres lieux, autres temps, autres corps, pour voir dans son dos et découvrir l’essence secrète des mots, grâce aux passages dérobés créés par des auteurs et illustrateurs bien décidés à dire ce qui ne peut être vu”. Notre première lecture était celle de l’excellent Vendredi ou les autres jours, de Gilles Barraqué, un roman Polynie, à partir de 6 ans. Je suis donc ravie de vous présenter maintenant Milly Vodović, un roman Grande Polynie, à partir de 13 ans jusqu’à jeune adulte.

Comment trouver les mots justes pour vous parler de Milly Vodović ? Alors que je suis devant mon écran, entrain de chercher les mots, en résumer les premiers chapitres me semble vide de sens…

L’histoire de Milly pourrait arriver en tout temps, en tout lieu et à tout être humain, mais elle est aussi unique et habitée. Ce n’est pas un roman qui se dit, mais un qui se vit. Un roman que j’ai beaucoup aimé alors même qu’il a fait saigner mon âme.

Et puis, comment ne pas être emporté par l’écriture fougueuse, parfois même féroce, onirique, vivante et vibrante de Nastasia Rugani; comment ne pas être séduit par l’animalité de ses personnages ?

Tout particulièrement, par celle de notre héroïne, Milly, petite fille énergique “aux cheveux d’un noir féroce” et aux genoux toujours égratignés. Elle qui ne veut pas grandir, elle qui refuse l’entrée dans un monde adulte fait de fausses apparences, de mensonges, de brutalité et d’obligations, elle qui aimerait juste continuer à dévaler les sentiers pied-nus et échevelée, se régaler de glaces à l’eau, rêver, s’émerveiller et aimer tout et tout le monde. Mais peut-on arrêter l’inéluctable? Petite Milly, la vie est parfois brutalement injuste, et la noirceur du monde nous rattrape quand bien même nous refusons de nous laisser prendre. Oui vraiment, ce petit personnage m’a séduit par sa pugnacité, son amour, son innocence.

Je trouve que Nastasia Rugani éveille notre sensibilité littéraire, dans son roman, comme dans une tragédie grecque où cohabitent dure réalité et mysticisme, il y a quelque chose d’animal qui puise sa force dans la terre pour ensuite nous élever. Cette histoire nous révolte, nous attriste, nous attendrit aussi, elle nous pousse à réfléchir à nos actions, à nos mots, à célébrer le moment présent, à nous ouvrir aux autres et à de nouveaux lendemains et nous rappelle que ici et partout le non-dit et l’ignorance mènent parfois à la souffrance.

We are only human…

Écrire ces chroniques est aussi pour moi, une façon de dire merci à toutes ces personnes qui enrichissent notre quotidien, nous ouvrent les portes de leur imagination et nous donnent émotions et plaisir à travers leurs écrits et illustrations. Et cette année, j’ai envie d’ajouter une petite nouveauté à mes articles, sous la forme d’un petit interview, ciblé enfance et lecture/écriture jeunesse, qui permettrait aux lecteurs de connaître un peu plus l’auteur / illustrateur qui se trouve derrière les pages du livre présenté.

Nastasia Rugani a donc eu la gentillesse de répondre à mes questions avec spontanéité et j’espère que ses mots vous donnerons encore plus l’envie de lire son dernier roman, sélectionné au moment même où j’écris ces mots pour le Prix Vendredi 2018.

 

INTERVIEW 10 QUESTIONS À NASTASIA RUGANI

 

La très jolie Nastasia Rugani

 

 1. Bonjour Nastasia, acceptez-vous de nous parler brièvement de vous ? Si vous deviez vous décrire en trois mots quels seraient-ils ? 

Bonjour Ninon ! Je suis une auteure de 31 ans, et je vis au Mans. Je passe la plupart de mon temps à écrire ou à dessiner. En vrac, j’aime regarder les insectes, les animaux, voyager, Toni Morrison, Chavela Vargas, le cappuccino, les drama coréens, la culture américaine, et la liste est longue et ennuyeuse. Honnêtement, mes personnages sont bien plus intéressants que moi.

Trois mots…je dirais : créations, discrète, enfance. 

 2. Quelle enfant étiez-vous ? 

J’étais une vraie bavarde, une aventurière et une chef de bandes, des bêtises plein la tête, toujours dehors, couverte de boue et de poussière donc souvent punie. J’étais un rêve pour les adultes, héhé.

 3. Quel était/est votre livre d’enfant favori ?

Pour être franche, je ne me souviens pas d’avoir eu un livre favori. J’ai lu et relu Les malheurs de Sophie de La Comtesse de Ségur, et Rendez-moi mes poux ! de Pef. Cela étant, je préférais jouer à cache-cache et faire du skate avec les copains. Par contre, je me souviens des “Moomines” à la télévision. Je voulais être un moomin. Puis j’avais des tas de films favoris comme “Cendrillon”, “Les Gremlins”, “Hocus Pocus” ou “L’histoire sans fin” (de 1984). Je m’identifiais aux créatures plus facilement qu’aux enfants quand j’étais petite. C’est à l’adolescence que la lecture est devenue un refuge. Robert Cormier, Camus, Jeffrey Eugenides et d’autres ont laissé des traces importantes.

4. Quel est le premier livre qui vous a fait pleurer ?

Bon, les lecteurs vont commencer à se demander si j’aime vraiment la littérature…Je me souviens d’avoir pleuré à la fin de certains films comme “Dumbo” de Disney, ou encore devant “Hook ou la Revanche du Capitaine Crochet”. Mais le premier livre…le souvenir m’échappe. Je me rappelle avoir versé des torrents à la fac, durant la lecture de Auschwitz et après de Charlotte Delbo. C’est encore un bouleversement. Il y a eu un avant et un après Charlotte Delbo.

 5. Quel est votre mot préféré et pourquoi ?

Les surnoms que j’invente avec ma famille sont mes mots préférés. Cependant, ils n’auront aucun sens pour les lecteurs. Puis ils doivent rester miens.

Si je devais en choisir un seul dans le dictionnaire, je choisirais “home”. Ce n’est pas français, je sais, honte à moi. Seulement, c’est être “chez soi”, “chez nous” aussi. Entre la maison et la famille, la tendresse et l’intimité. Le plein.

Home

 6. Comment choisissez-vous les noms de vos personnages ?

Parfois, je n’ai pas besoin de faire de longues recherches sur les sites de femmes enceintes et autres puits de prénoms farfelus. Popeline, par exemple, est apparue Popeline Louis quand elle s’est assise au bord de la rivière asséchée, dans ma tête. C’était ainsi. Milly était Milly. Pour les autres, j’ai puisé dans mes listes. “Swan” m’attendrit parce ce qu’une fois prononcé à voix haute, ça ressemble à un soupir. Alors que Swan Cooper serait plutôt un crachat ou un cri. J’aime l’idée qu’une personnalité gâche un prénom, ou au contraire, qu’elle l’embellisse. Pouvoir changer l’idée qu’on se faisait de quelqu’un, qu’il y ait une émotion ou un souvenir attaché à une identité. Le choix des prénoms est une étape fascinante. Pour les noms de famille, c’est davantage une question de sonorité et d’origine. C’est moins sentimental.

 7. Quel genre littéraire aimez-vous le plus lire ?

Les albums jeunesse et les romans de littérature étrangère (de préférence américaine). J’adore également lire les paroles des musiques comme des poèmes. Je pense à de belles plumes comme Florence Welsh, Chris Stapleton, IAM, Fleet Foxes, PJ Harvey et d’autres.

 8. Où trouvez-vous votre inspiration ?

C’est une vaste question car l’inspiration est une matière étrange et compliquée. Je pense que mes romans sont nécessairement la somme de ce que j’ai pu lire, voir et entendre. Je suis perméable, c’est sûr. La littérature et le cinéma du sud des Etats-Unis, mes souvenirs d’enfance, de Croatie, les magnifiques fautes de français dans les mots tendres de mes grands-mères, mes origines, ce vaste mélange qui fait que je suis moi a un impact. Quelque chose doit se passer qui modifie la matière en personnages, en lieux, en phrases. Toutefois, il y a cette chose étrange en moi qui fabrique des personnages, me donnent à voir des gens que je ne connais pas, me raconte des histoires inconnues. Je ne sais pas si on peut appeler ce drôle d’organe en moi, “l’inspiration”. Si mon organe est vide, si les personnages n’apparaissent pas, je ne peux pas écrire, même si je suis inspirée et nourrie d’autres choses. Cela doit d’abord venir de cet endroit, à l’intérieur. 

 9. Quelle est votre saison préférée pour écrire et pourquoi ?

Quelle bonne idée : une saison d’écriture ! Si seulement mes personnages annonçaient leur venue avec les premières neiges ou les premières fraises. Malheureusement, les miens sont sournois et mal élevés. Ils ne me préviennent pas. Ce que j’ai remarqué, avec délice, c’est qu’écrire à contre-saison est absolument fantastique. Sentir la brûlure du soleil de Birdtown, sur les épaules de Milly, un de ces jours de neige fondue où le monde entier semble triste et sale…un vrai bonheur d’écriture.

 10. Quel message aimeriez-vous passer à vos futurs lecteurs ?

Je n’ai aucun message à faire passer à quiconque. J’ai des opinions sur le monde et sur ce que signifie mon roman bien sûr mais je ne me permettrais jamais de les imposer aux lecteurs. J’aime l’idée qu’un roman pose des questions. Si j’écris avec une liberté infinie, j’estime que le lecteur, lui aussi, a le droit de lire en toute liberté. Ce serait prétentieux et déplacé de ma part de croire que mon opinion a plus de valeur.
Merci beaucoup, Ninon, pour vos questions !

 

Merci à vous Nastasia d’avoir joué le jeu !

Je vous invite vivement à découvrir Milly Vodovićqui sort demain chez votre libraire, c’est une très belle lecture, dont on ne peut s’empêcher d’admirer la superbe couverture, réalisée par Jeanne Macaigne et qui illustre magnifiquement ce livre. Dès 15 ans.

 

 

Milly Vodović

Nastasia Rugani

MéMo

ISBN: 978-2352893929

16€

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