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Bonne humeur

Laurent le Flamboyant

Et si nous faisions fi de ce ciel gris et partions directement au coeur de la jungle colorée de Sumatra à la rencontre de Laurent, bel orang-outan ? Ce nouveau roman jeunesse, raconté par Karen Hottois et illustré par Julia Woignier fait partie de la collection Petite Polynie, dirigée par Chloé Mary pour les éditions MéMo.

Tout d’abord, il est impossible de résister à l’invitation flamboyante de ce livre car avant même d’en découvrir la première page, la couverture de Julia Woignier nous invite à entrer dans l’univers foisonnant de Karen Hottois.

Il y a chez Karen un “petit je ne sais quoi” de Prévert; avec elles les mots s’inventent, dansent et s’entrechoquent, une souriante extravagance nous enveloppe. Cette nouvelle lecture m’a rappelé le plaisir que j’avais eu enfant à lire Les contes pour enfants pas sages.

Dès les premiers mots j’ai senti l’appel de la lecture. Laurent le Flamboyant plus que d’être lu, se devait d’être dit. C’est raconté à voix haute que ce texte a pris toute sa dimension et les enfants pleins de leur imagination sans frontières se sont laissés embarquer dans la poésie et la fantaisie d’un jeu de mots virevoltant. Cette histoire est une véritable explosion de couleurs et Julia Woignier l’illustre merveilleusement bien.

Laurent, tendre grand bébé orang-outan de sa vieille maman, se languit, car même si la jungle est belle et animée, le monde est grand et sa curiosité vive. Il rêve de rencontrer les autres, l’ailleurs même, mais comment faire quand ceux-ci ne semblent pas venir à lui ? Il suffit parfois d’un tout petit rien, petit comme une fourmi …

Dans cette histoire il y a la vie et toutes ses merveilleuses couleurs, odeurs et saveurs, tellement de poésie, le joli commencement d’un long chemin vers l’émancipation, énormément d’amour et d’amitié. Et de ce voyage, nous sortons heureux, grandis et émus.

Je vous invite vivement à vous installer confortablement au pied d’un immense Tualang, avec un délicieux “coquetel au ramboutan” et une belle part de tarte aux litchis et à vous plonger dans cette délicieuse lecture.  

Déjà en librairie pour tous les petits lecteurs dès 6 ans.

Karen Hottois nous a fait l’immense plaisir de répondre à quelques questions et nous livre ainsi un peu de son intimité créatrice. Mille mercis pour cette belle lecture, ce moment de bonheur partagé en famille, ainsi que la confiance accordée en nous confiant Laurent le plus flamboyant des orangs-outans !

 

  • Bonjour Karen, quand vous est venue l’envie d’écrire un livre pour enfant ?

En fait, c’est une bonne fée qui m’a soufflée cette idée, un soir où elle est rentrée tard et alors que je gardais ses enfants. Je ne sais toujours pas trop pourquoi cette idée lui est venue mais je l’ai écoutée. A cette époque, à la sortie de mes études en école d’arts, je faisais de la vidéo, avant cela je peignais. Je regardais l’enfance, elle m’intéressait mais je n’avais jamais songé à écrire. Parfois, les autres vous voient avant vous-même et je crois en la justesse de ce regard.

  •  Laurent le Flamboyant dans la jungle du Sumatra, véritable rencontre ou joli fruit de votre imagination ?

Je n’ai jamais mis un pied à Sumatra (j’ai traversé Java une autre île Indonésienne, mon plus beau voyage en train, c’était très lent, très beau) et je n’ai jamais croisé d’Orang-Outan (sauf ceux du jardin des plantes à Paris et la Nénette de Claire Lebourg). Mais j’ai beaucoup lu sur les orangs-outans, cherché des fleurs, des arbres, des recettes, pour écrire ce livre, je m’en suis donc un peu approchés.

Quant à la petite fourmi, ses copines se baladent tout l’été entre mes pots de fleurs… Et j’ai beaucoup regardé ma nièce pour l’écrire. Il m’arrive souvent de croiser de petits enfants téméraires ou bricoleurs de salades, occupés à leur marmelade et de me dire :”Tiens, on dirait la petite fourmi celui-là ou celle-là”.

  • Quel est votre mot préféré et pourquoi ?

J’aime le mot circonvolution car mon cerveau en fait beaucoup. La vie aussi d’ailleurs. Et je trouve qu’en écrivant ou en disant “circonvolution”, on sent les tours et les détours, les enroulements et même les noeuds.

  • Comment choisissez-vous les noms de vos personnages ?

La plupart du temps, je furète pour trouver les noms de mes personnages, sur des sites (j’utilise beaucoup internet quand j’écris) des noms d’animaux, de chien, de lapin, de souris, etc. Pour Lolo, c’est un jeu de mots, comme pour le Gibbon.

Je commence presque toujours une histoire par / ou avec trois choses : le nom de l’un ou plusieurs des personnages, ce qu’il(s) mange(nt) et un genre de titre.

Ainsi je peux vous dire ce que mange une mite… car  j’écris avec l’une d’entre elles et son bol de farine, en ce moment !

  • Quel genre littéraire aimez-vous le plus lire ?

Depuis quelques temps déjà, j’aime lire des livres qui sont plutôt des récits de vie. Où la vie de l’auteur est sa matière. J’aime Annie Ernaux, profondément. J’aime tout Annie Ernaux.

Récemment, j’ai découvert l’oeuvre de Karl Ove Knausgård. Et ce livre de Richard Ford, Entre eux, celui d’Elisabeth Strout, Je m’appelle Lucy Barton.

Je suis aussi une grande lectrice d’albums jeunesse : j’aime tant l’oeuvre de Anne Herbauts, de Kitty Crowther, j’aime le petit Amos de Anne Cortey et Janik Coat, j’attends avec impatience le nouveau livre de Béatrice Alemagna qui sort le 7 novembre.

  • Où trouvez-vous votre inspiration ?

En lisant, je passe des heures dans les librairies, j’achète beaucoup de livres. En m’ennuyant, en m’asseyant à la terrasse d’un café, seule. En regardant la mer ou l’océan quand je suis près de l’un ou de l’autre, des heures. Et puis l’inspiration vient si je la laisse venir, c’est à dire qu’il faut lui laisser de la place, l’attendre, être patiente. Mais surtout, ensuite, lorsque l’on est plein de quelque chose (je ne sais de quoi, peut-être de tout cet ennui, toute cette solitude – c’est un moment où l’on est près de soi en tout cas) avoir le courage d’ouvrir l’ordinateur, avoir le courage d’écrire une première phrase et d’y revenir, (il y a beaucoup de débuts d’histoire pour lesquelles j’ai manqué de courage), tenir.

  • Avez-vous une saison préférée pour écrire et pourquoi ?

Je ne crois pas avoir de saison préférée pour écrire, bien que l’automne et l’hiver s’y prêtent davantage. Pour moi, ce qui compte, c’est plutôt où.

Ecrire, c’est s’approcher de ses sentiments, de sa mélancolie, de sa tristesse parfois et je trouve que l’on est mieux à l’abri pour cela car ce n’est pas vraiment confortable, donc il se trouve que j’écris essentiellement de mon lit ! Mais ce livre Laurent le Flamboyant, je ne sais pourquoi, je l’ai écrit en été, dans un café. J’ai écrit l’album publié au Seuil, Emmett et Cambouy sur mon téléphone : j’étais alors en plein casting (je suis aussi Directrice de casting pour le cinéma) et je faisais un long trajet en bus matin et soir, je m’évadais.

Je commence souvent par écrire sur mon téléphone mais après j’ai besoin de lire le texte à haute voix, de m’entendre donc je le fais chez moi. Et je reviens au téléphone pour me corriger, pour être un peu moins près du texte. Et puis, j’ai besoin à nouveau de rêver, de fermer les yeux et je rentre à l’intérieur.

  • Quelque chose que vous aimeriez dire à vos lecteurs ?

J’aimerais vraiment qu’ils se sentent libres en me lisant et en regardant les dessins de Julia. Je voudrais qu’ils se sentent si libres, qu’ils dessinent des moustaches à Lolo si ça leur chante, gribouille d’autres mots sur mes mots, dorme avec le livre, s’en serve de médaille d’or, de vieille chaussette, de friteuse ou de grille-pain, c’est le leur maintenant.

J’aimerais aussi leur dire de boycotter l’huile de palme… pour Lolo et les autres.

 

Laurent le flamboyant

Karen Hottois & Julia Woignier

MeMo

ISBN: 978-2352893936

9€

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